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Géométrie absurde autour des vœux du Figaro

L’édito de Serge Dassault en Une du Figaro

Monsieur Serge Dassault,

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu vos vœux pour cette année 2008. Je m’attendais à quelque chose d’édifiant : je vous en remercie, vous ne m’avez pas déçu.

Je ne puis en aucun cas me situer dans le même monde que vous, je craindrais que mon intrusion ne vous paraisse déplacée si vous ne m’énonciez pas que "nous ne nous devons pas nous réfugier indéfiniment dans nos coins dans l’intention de préserver nos intérêts respectifs."

Aussi permettez-moi de chercher avec vous à résoudre ce problème de coins et d’intérêts qui serait selon vous la clef de voûte d’un début de résolution des autres problèmes que vous nous soumettez.

Pour vous rendre la lecture de ce texte supportable, je me propose de l’agrémenter avec de la géométrie euclidienne.

Puisque nous sommes dans des coins, et que nous surveillons nos intérêts, nos intérêts sont une surface ou un volume.

Nos intérêts ne peuvent être représentés par aucun polygone régulier, pour les raisons que nous n’avons pas le même angle et que votre coin est plus grand que le mien.

Disons que nous ne cherchons pour le moment qu’à examiner les coins qui nous concernent, tout en conservant de l’intérêt : nous en avons déjà deux.

Supprimer un seul coin est impossible, supprimer les deux donne un point. Dans ce cas il n’y a plus d’intérêts et je ne peux pas vous répondre puisque je ne vous ai pas lu, ou alors avec aucun intérêt.

Vous savez mieux que moi qu’en géométrie euclidienne il n’existe qu’une seule forme ne comprenant que deux coins : il s’agit d’un digone, un polygone dégénéré.

Cette configuration est rendue impossible par le fait qu’un digone est nécessairement régulier car ses deux arêtes ont la même longueur.

Cherchons donc un troisième coin...

A la première lecture, j’ai été particulièrement heurté par ce paragraphe :

"La France est encore paralysée par une lutte des classes toujours vivace qui épuise notre économie, et des lois archaïques et pénalisantes qui font partir nos meilleurs éléments dans des pays voisins, amis mais concurrents, qui ne connaissent pas les mêmes contraintes financières, fiscales ou sociales que les nôtres."

Notre gouvernement m’informe que, depuis 1995, le taux de productivité horaire français est nettement supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Le niveau d’économie sociale et solidaire de la France représente 10% du PIB.

10% ou la primauté de l’homme est garantie sur le capital. mais qui participent toutefois au taux de productivité de la France en œuvrant à l’équilibre de ses concitoyens.

Je comprends bien, Monsieur Dassault, que le taux de productivité français combiné au niveau social de la Chine serait un formidable tremplin pour les bénéfices des entreprises, mais je doute que vous puissiez trouver beaucoup de partisans pour cette version du mercantilisme, je doute plus encore que cela puisse fonctionner.

A vrai dire, je ne m’imagine pas le niveau social d’un pays comme une contrainte, mais comme un aboutissement, un indice de réussite.

Puisque vous et moi pouvons de notre coin observer le niveau social de notre pays -sans pour autant le retrouver dans le coin de l’autre- et qu’il fait aussi partie de nos intérêts, il ne peut s’agir que d’un troisième coin.

Nous quittons notre digome impossible pour les coins d’un triangle.

Notez qu’à ce stade, si nous voulons avoir le même angle et ne plus être dans notre coin, même si je mets la meilleure volonté du monde à venir à vous, vous devrez nécessairement parcourir une distance plus importante que la mienne pour y parvenir.

Des coins de ce triangle, il est normal que nous ne percevions pas celui du niveau social de la même manière puisque nous ne sommes pas à la même distance de lui. Je le rappelle, le polygone de nos intérêts est irrégulier, et s’il est isocèle nos angles respectifs sont différents.

Si ce triangle était équilatéral, la tâche serait plus aisée... En attendant, nous pouvons toujours commencer par réduire la surface des intérêts ou arrondir les angles.

Cédric COURLET, le 14 février 2008.